Pourquoi mes élèves disent-ils parfois « je » -au lieu de « il » ou elle- alors qu’ils perçoivent l’histoire d’une personne dont la photo est cachée dans une enveloppe (1)
Contrairement à une idée reçue, il ne faut pas se « concentrer » pour voir, mais plutôt faire le vide pour dépasser le jet continu de messages brouillés par le désir et la crainte.
Mais avec quelle partie de notre conscience recevons-nous une information, alors que nos sens ne peuvent pas y accéder ?
Le 6ᵉ sens semble en effet avoir besoin d’utiliser les 5 autres pour se déclencher… alors qu’ils ne peuvent être d’aucune utilité pour percevoir une « cible » cachée dans une enveloppe.
Ce sont plutôt les expériences sensorielles passées qui deviennent la banque de données dans laquelle le 6e sens viendra « piocher » …
C’est donc en combinant des fragments de leur mémoire que mes élèves fabriquent une perception extrasensorielle. Celle-ci ira chercher des couleurs, des formes, des bruits, des pensées et parfois même des odeurs déjà enregistrées dans leurs souvenirs.
Contrairement à une idée reçue, la voyance n’est pas une révélation importée de toute pièce de l’extérieur, c’est une reconstitution intérieure qui, même fulgurante, a besoin de matériaux.
Les fragments de mémoire personnels, comme les pixels d’une photo, vont se combiner pour former une représentation de l’information recherchée, que celle-ci concerne quelque chose de matériel (comme une maison) ou d’abstrait (la situation entre deux personnes.)
Mais surtout, ce qui sert de « liant » entre ces pixels, comme le mastic entre les carrés de la mosaïque, c’est la sensibilité. Et la sensibilité est forcément subjective : Sans elle, pas de voyance possible.
La mémoire à laquelle je leur apprends à se relier, est à l’opposé de celle que nous sollicitons en étudiant : c’est une mémoire affective, émotionnelle, sensible et imaginative. Une mémoire qui réapprend à voir comme dans les rêves, ou comme dans nos souvenirs les plus anciens, ceux de notre petite enfance qui est chargée d’affectivité et de sensorialité. Je l’appelle la mémoire expérimentale… car elle implique d’utiliser ses sensations ou ses sentiments lors de la remémoration, parfois même en les exacerbant…
Une fois qu’ils savent se souvenir ainsi, ils rêvent plus intensément la nuit et deviennent beaucoup plus curieux du monde tout au long de la journée. Comme si les choses observées prenaient davantage de relief…
Puis vient la phase 2 : Sortir du « je » et apprendre à devenir « l’autre ».
C’est le moment où je leur enseigne comment incarner imaginairement d’autres formes de vie.

«Chamane » Alika Lindberg ©Maud Kristen
Pour « voir » il faudra d’abord devenir un écran vierge sur lequel des informations viendront s’écrire… Et rien de tel pour apprendre à oublier son individualité que de faire voyager sa conscience dans d’autres peaux… dont certaines seront recouvertes d’écailles, d’ocelles ou d’écorce.
Incarner un végétal ou un animal : c’est un exercice proche de celle du mime ou du jeu de l’acteur, même si l’expérience recherchée n’est pas de tenter de leur ressembler extérieurement, mais au contraire d’expérimenter de l’intérieur le monde à travers leurs besoins, leurs craintes et leurs désirs propres…
Dernière étape avant les premiers exercices de clairvoyance, cette phase permettra de les réussir avec beaucoup plus de facilité et produira d’autres transformations profondes : développement de l’empathie, compréhension des conflits et adaptation à des situations inédites…
Moment charnière dans l’apprentissage, cette étape est pleine de surprises… qui seront l’objet d’un autre billet.